MAMADOU BOCOUM DE « BOC’S AMANDLA » : « Le reggae connaît un manque de diffusion au Sénégal »
LE SOLEIL - Parlez-nous de votre nouvel album « Afriqui » ?
MAMADOU BOCOUM : « L’album est composé de six titres. Il y a des remix. Des textes de Bob Marley que j’ai repris à ma manière parce que c’est le musicien que j’écoute le plus. L’album « Afriqui » c’est pour africaniser mon rêve. Dans ce produit, je donne mon point vue sur la situation de notre pays et sur les conflits qui déchirent le continent noir. Dans la composition « Guiss-Guiss », je prodigue des conseils aux jeunes. Je pense que cette couche vulnérable a besoin d’être aidée. Elle est la plus exposée aux vicissitudes de la vie. Je célèbre l’union des cœurs car, c’est le manque d’ouverture entre les ethnies et les peuples qui est à l’origine des guerres en Afrique. Je veux que nous refusions d’être des caisses de résonance.
Il faut une rupture. Nous devons refuser d’être manipulés par les personnes venues d’ailleurs. C’est dans l’union que nous pouvons jeter les bases fortes de développement. »
Pensez-vous que, dans ce contexte d’incompréhension générale, la musique reggae peut jouer un rôle dans le processus d’unification du continent ?
« La musique reggae a pour vocation d’unir les peuples. C’est une musique qui a toujours cultivé l’union des cœurs. Elle est contre l’injustice. Elle prône l’égalité des personnes. Le reggae a toujours cette même vocation d’unification.
Il a sa partition à jouer dans cette mobilisation des ressources humaines de l’Afrique. Ce genre est écouté un peu partout en Afrique. Il peut servir à faire passer les messages. Le reggae fédère toutes les autres cultures africaines. Nous avons vu que, dans le passé, ce courant musical a joué un rôle capital dans la conquête des libertés des noires. Aujourd’hui encore beaucoup de gens l’écoutent en Afrique et comme dans le reste du monde. »
Actuellement vous évoluez en solo, quel est votre concept ?
« J’ai toujours dit que je n’ai pas de concept. Je ne veux pas m’enfermer dans un sous-courant de cette musique. La nouvelle cassette est une parfaite illustration. Dans ce produit, il y a du reggae roots, du reggae alternatif, il y a de l’afro-reggae. Je suis pour la musique reggae et non pour un concept. Mais je fais le maximum pour que cette musique soit digeste. »
Avec la tyrannie du « mbalax », est-il facile de faire de la musique reggae au Sénégal ?
« C’est très dur de faire ce genre musical au Sénégal. Depuis plus de quinze ans, les jeunes se donnent à fond pour l’imposer au Sénégal. On nous demande pourquoi le reggae a du mal à exploser dans notre pays. Ces personnes reconnaissent qu’on fait du bon travail. Au Sénégal, les personnes aiment beaucoup cette musique. Nous faisons de notre mieux pour la promouvoir. Après chaque album, nous partons rencontrer la presse qui relaie le message. Nous faisons de notre mieux pour la faire passer. Mais nous avons un problème de diffusion. Tout est devenu commercial dans les radios de la télévision. À cela s’ajoutent les problèmes de production.
Il va falloir trouver la bonne formule avec les producteurs, afin que nous puissions satisfaire les fans du reggae. Il faut aussi, au niveau de la télévision et des radios, que l’on ouvre une petite fenêtre à ce genre musical.
Les artistes locaux ne bénéficient pas d’une bonne production au Sénégal contrairement à ceux qui sont dans les autres pays. Pour cet album, je vais me contenter de faire une tournée nationale dans les régions. Nous allons tout faire pour que ceux qui sont à l’étranger aient la cassette. »
On constate qu’il n’y a pas dans l’album cet engagement des reggaemans...
« On a l’habitude de dire que le reggae doit être une musique engagée. Les gens pensent qu’il faut tirer à boulets rouges sur tout.
Il faut être subversif. Pour moi ce n’est pas ça. Un reggaeman c’est aussi un visionnaire, quelqu’un qui propose des solutions. Le but du reggae, c’est de fédérer les personnes tout en essayant de les émanciper. Il y avait beaucoup de reggaemen qui ont écrit des textes satiriques à un moment bien précis. Même Bob n’a jamais prôné l’engagement irrationnel. Ce qui m’intéresse, c’est l’individu. Moi, je veux cultiver dans mes textes l’amour du prochain. Cela ne veut pas dire que je ne vais pas indexer les problèmes qui gangrènent la société. »
Pourquoi avez-vous repris les textes de Bob Marley ?
« Avant tout, Bob constitue pour moi une référence. Les textes de Bob que j’ai repris sont pleins de sens. Bob donne de l’espoir aux jeunes désespérés et qui sont en difficulté. Cela cadre avec le reggae de l’amour du prochain que je développe. J’ai aussi apporté ma touche, en accompagnant ces textes avec des sonorités de l’acoustique. »
ENTRETIEN REALISE PAR IDRISSA SANE Quotidien Le Soleil
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